En paiement à la livraison, le colis quitte votre étagère avant que quiconque ait payé. Une partie de ces colis revient : client qui refuse à la porte, client injoignable, client qui a changé d’avis. Chaque retour est un petit mouvement de stock qui survient plusieurs jours après la vente, dans le camion d’un autre, et c’est celui que la plupart des boutiques enregistrent le plus mal. Résultat : un stock qui dérive. La boutique affiche des unités qui n’existent plus, ou en cache d’autres, restées dans une pile de colis retournés près de la porte. Ce guide explique comment garder un stock juste : les états qu’une unité peut prendre, le moment où il faut la déplacer, la façon de réceptionner un retour et de contrôler les chiffres face au transporteur et à l’étagère.
Pourquoi les retours faussent le stock
Au Maroc, le paiement à la livraison reste la norme : selon l’enquête de l’ANRT citée par Le Matin, plus de 66 % des commandes sont encore réglées en espèces à l’arrivée du colis. Le même article cite, côté marchand, un taux de refus à la livraison entre 20 et 40 %, et en énumère les effets : immobilisation de stock, frais logistiques doublés, trésorerie bloquée. L’annuaire logistique SwiftLog situe le taux de retour en e-commerce entre 15 % et 30 % selon les secteurs, et la mode, secteur le plus touché, jusqu’à 35 %.
Ces pourcentages ne posent pas seulement un problème de marge (voir comment mesurer et réduire le taux de retour). Ils posent un problème de stock, pour trois raisons.
- L’unité est partie sans être vendue. Quand le colis part, l’article n’est plus sur l’étagère, mais il n’est pas vendu non plus. Si votre fichier le compte comme vendu, le rapport de ventes est faux ; s’il le compte comme disponible, vous le vendrez deux fois.
- Le retour arrive tard. Entre le refus et le moment où le colis revient entre vos mains, des jours passent. Pendant ce temps, l’unité n’existe dans aucune colonne de la plupart des fichiers de stock.
- Tout retour n’est pas revendable. Une boîte ouverte à la porte, un accessoire manquant, un emballage écrasé, un produit à date courte : certains retours repartent en rayon, d’autres non. Un système qui remet chaque retour en « disponible » vend des produits que vous ne pourrez pas expédier.
Les deux symptômes sont connus. La survente : une commande confirmée pour un produit en réalité épuisé, un client rappelé pour annuler, un budget publicitaire dépensé pour rien. Et le stock caché : des unités que la boutique croit épuisées alors qu’elles dorment dans des colis retournés que personne n’a ouverts, si bien que vous recommandez au fournisseur sans en avoir besoin.
Sept états pour une même unité
La solution commence par le vocabulaire. Une seule colonne « quantité » ne peut pas décrire une activité COD, parce qu’une unité peut se trouver à des endroits qui ne sont ni « en stock » ni « vendu ». La documentation de Shopify offre un bon modèle : elle sépare les unités disponibles, engagées et indisponibles, et range parmi ces dernières les unités abîmées, présentes en stock mais ni vendables ni utilisables à cause d’un dommage, et celles en contrôle qualité, invendables tant qu’elles sont en inspection. Pour une boutique COD, il suffit de prolonger cette idée au trajet du colis :
| État | Où se trouve l’unité | Vendable ? |
|---|---|---|
| Disponible | Sur l’étagère, libre | Oui |
| Réservée | Sur l’étagère, mise de côté pour une commande confirmée non expédiée | Non |
| Chez le transporteur | Dans un colis en route vers le client | Non |
| Retour en transit | Refusée ou non livrée, sur le chemin du retour | Non |
| À contrôler | Revenue chez vous, colis pas encore vérifié | Non |
| Abîmée ou second choix | Revenue, mais invendable comme neuve | Non |
| Vendue | Livrée et payée | Sortie du stock |
Seule la première ligne correspond à ce que vous pouvez promettre à un client. Les autres ne sont pas des pertes : la plupart des unités « chez le transporteur » seront vendues, et la plupart des « retours en transit » repartiront en rayon. Mais aucune ne doit entrer dans le chiffre sur lequel s’appuient votre formulaire de commande ou vos agents de confirmation. Shopify applique la même logique à la marchandise qui arrive : le stock entrant n’est pas disponible à la vente tant qu’il n’a pas été reçu et passé en disponible. Un colis retourné, c’est du stock entrant.
Quand le stock doit bouger, et quand il ne doit pas
Chaque changement d’état doit être lié à un événement vérifiable, pas à la mémoire de quelqu’un. Quatre règles couvrent l’essentiel.
- Réserver à la confirmation. Une commande non confirmée n’est qu’une intention ; beaucoup ne deviendront jamais des colis. Réservez l’unité au moment de la confirmation, pour que deux agents ne promettent pas la dernière pièce à deux clients.
- Sortir de l’étagère à la remise au livreur. L’unité passe de « réservée » à « chez le transporteur » quand le livreur enlève le colis, pas quand l’étiquette est imprimée.
- Ne pas compter le retour avant de le tenir. Quand le transporteur signale un refus, passez l’unité en « retour en transit ». Elle ne redevient « disponible » qu’une fois revenue physiquement et contrôlée.
- Constater la vente à la livraison. L’unité est vendue quand le transporteur déclare le colis livré et l’argent encaissé : c’est le moment où la marge devient réelle (l’article sur la rentabilité par commande livrée explique pourquoi c’est l’unité qui compte).
Surveillez les automatismes de votre plateforme. Beaucoup ont été pensés pour des commandes payées d’avance, où un retour s’accompagne d’un remboursement. Dans WooCommerce, par exemple, la remise en stock est une option au moment du remboursement : on coche la case « Restock refunded items ». Or un colis COD refusé n’a jamais été payé : pas de remboursement, donc rien ne remet l’unité en stock tout seul. Vérifiez ce que fait votre propre configuration quand une commande est annulée après expédition, et décidez qui déplace le stock, la boutique ou votre équipe, mais jamais les deux.
Réceptionner un colis retourné : une routine en cinq étapes
Les retours arrivent par lots, souvent avec le ramassage du jour. Si personne n’en est responsable, ils s’empilent. Confiez la tâche à une personne, sur un créneau fixe, et appliquez les mêmes cinq étapes à chaque colis.
- Rapprocher le colis de la commande. Comparez le numéro de suivi à la liste des retours envoyée par le transporteur. Un colis absent de la liste, ou une commande listée sans colis, part directement dans le suivi décrit plus bas.
- Ouvrir et comparer. Vérifiez le produit, la variante (taille, couleur), la quantité et les accessoires par rapport à la commande. Un colis refusé est en général intact, mais pas toujours : il arrive que le client l’ouvre à la porte avant de refuser.
- Classer l’article. A : comme neuf, scellé, retour en « disponible ». B : emballage abîmé mais produit parfait, à reconditionner puis remettre en vente, éventuellement en second choix. C : abîmé, incomplet, périmé ou porté, en « abîmé », avec une photo.
- Noter le motif. Refus, injoignable, adresse erronée, dommage en transport. Le motif sert l’analyse des retours ; la classe sert le stock.
- Mettre le stock à jour le jour même. Un retour traité une semaine plus tard, c’est une semaine de chiffres faux.
Séparez physiquement la zone des retours du stock vendable. La littérature sur les inventaires tournants le dit pour tout entrepôt : il faut isoler les rebuts, les produits périmés et non conformes du bon stock. Une étagère « à contrôler » et une caisse « abîmé » suffisent à éviter qu’un article de classe C reparte chez un client.
Les colis dans les limbes : relancer les retours non restitués
L’état le plus risqué est le « retour en transit » : le transporteur a enregistré le refus, mais le colis n’est pas encore revenu. Posez la question avant de choisir un transporteur. SwiftLog conseille de demander combien de jours séparent le refus du client et le retour du colis, et tranche : plus de 7 jours, c’est du stock bloqué et de l’argent perdu ; sa liste de contrôle exige une gestion des retours sous 5 jours. Certains transporteurs affichent leur engagement : Ameex annonce un retour express en 5 à 7 jours, précise que les colis non livrés vous reviennent sans frais et propose une relance du client avant retour, soit une seconde chance de vendre avant que l’unité reprenne la route. SwiftLog suggère aussi de vérifier si l’agence fait une deuxième tentative de livraison avant de retourner le colis.
Quelle que soit la promesse du transporteur, tenez votre propre liste. Chaque semaine, triez les colis « en retour » par ancienneté. Ceux qui dépassent le délai annoncé partent chez le transporteur avec le numéro de suivi et une demande claire : restituer le colis ou dire où il se trouve. Un colis qui ne revient jamais est une perte de stock à réclamer, pas à oublier. Si un fournisseur détient votre marchandise, fixez par écrit qui reçoit les retours et en combien de temps ils vous sont signalés ; notre guide des fournisseurs de dropshipping COD détaille cette clause.
Les retours après livraison : le délai de rétractation
Tous les retours ne sont pas des refus. Un client qui a accepté et payé peut aussi renvoyer le produit. En droit marocain, comme le rappelle Aujourd’hui le Maroc, l’article 36 de la loi 31-08 sur la protection du consommateur ouvre à l’acheteur à distance un droit de rétractation de sept jours à partir de la transaction, qu’il soit livré ou non, porté à trente jours si le vendeur n’a pas confirmé par écrit les informations prévues par la loi.
Pour le stock, ce second flux suit la même règle, pas de remise en rayon avant contrôle, avec une différence : de l’argent a changé de main. Enregistrez le retour, contrôlez et classez l’article, puis remboursez. Séparez les deux flux dans vos rapports : un refus renseigne sur la confirmation et la livraison, une rétractation renseigne sur le produit.
Compter : inventaire tournant et inventaire annuel
Même avec des règles nettes, le stock dérive : une erreur de préparation, un colis ouvert deux fois, une pièce donnée en échange jamais saisie. Compter, c’est trouver l’écart avant qu’un client ne le trouve. Un inventaire complet arrête l’activité ; l’alternative est l’inventaire tournant, qui compte un petit sous-ensemble du stock selon une séquence continue et répétée. La méthode courante donne la priorité à ce qui compte : les articles de plus grande valeur sont comptés plus souvent, ceux qui bougent peu rarement.
Pour une boutique COD, un plan simple suffit :
- chaque jour, comptez les produits épuisés ou presque, avant de confirmer de nouvelles commandes ;
- chaque semaine, comptez les meilleures ventes, les produits les plus retournés et la zone des retours ;
- chaque mois, comptez le reste, une étagère à la fois.
À chaque comptage, comparez trois chiffres : ce qu’affiche la boutique, ce que contient l’étagère, et ce qui est chez le transporteur ou en retour. Un écart qui se répète sur un même produit signale un problème de processus, pas de comptage. La même source rappelle que les emplacements multiples, les encours et le retard dans la saisie créent des erreurs ; dans une boutique COD, les colis sur le chemin du retour sont précisément ce retard.
L’inventaire annuel est aussi une obligation légale. La loi 9-88 sur les obligations comptables des commerçants impose la tenue des livres et un inventaire annuel, et les documents comptables doivent être conservés pendant 10 ans, selon le cabinet Upsilon Consulting. Les articles classés C ont leur place dans cet inventaire à leur valeur réelle ; demandez à votre comptable comment les enregistrer.
Où intervient Cashod
Cashod suit les colis retournés, et les frais de livraison et de retour de chaque transporteur s’y règlent par ville : la liste des colis qui reviennent et ce que coûte chacun se trouvent à côté des commandes (voir la page retours). Un transporteur absent de la liste peut être ajouté manuellement, sans création automatique des expéditions ni suivi. Un même compte Cashod peut gérer plusieurs boutiques, ce qui permet d’appliquer la même routine de retours à toutes. La partie physique, ouvrir le colis, classer l’article, compter l’étagère, reste le travail de votre équipe.
Check-list
- Le stock distingue des états séparés : disponible, réservé, chez le transporteur, retour en transit, à contrôler, abîmé.
- Les unités sont réservées à la confirmation et sortent de l’étagère à la remise au livreur.
- Un retour ne redevient disponible qu’après réception et contrôle.
- Une personne traite les retours chaque jour, avec rapprochement de la liste du transporteur.
- Chaque retour reçoit une classe (A, B, C) et un motif.
- Les retours en transit sont revus chaque semaine par ancienneté et relancés auprès du transporteur.
- Les rétractations après livraison sont suivies à part des refus.
- Inventaire tournant : chaque jour sur les stocks bas, chaque semaine sur les meilleures ventes et les retours, chaque mois sur le reste.
- L’inventaire annuel est fait et les documents sont conservés.
Pour chiffrer ce que les retours coûtent par produit, essayez le calculateur COD.
