L’Arabie saoudite attire de plus en plus de vendeurs venus du Maroc, d’Égypte ou de Tunisie : pouvoir d’achat élevé, population connectée, acheteurs habitués à commander depuis leur téléphone. Beaucoup y arrivent avec le réflexe du paiement à la livraison (COD), qui reste le mode de paiement par défaut dans leur pays. Ce réflexe doit être revu. Dans le Royaume, le cash recule très vite, la loi encadre précisément la vente en ligne et la logistique a ses propres règles, à commencer par l’adresse nationale.
Ce guide fait le point sur le marché, la place qui reste au COD, les obligations légales d’une boutique en ligne, la livraison, la confirmation des commandes et le calcul de la rentabilité. Il s’appuie sur des sources officielles (banque centrale, régulateur des télécoms, statistiques nationales) et sur des résumés juridiques publiés. C’est une information générale, pas un conseil juridique ou fiscal : faites vérifier votre situation par un professionnel avant de lancer une activité dans le Royaume.
Un grand marché qui paie de moins en moins en espèces
Selon ECDB, le commerce électronique saoudien a généré 11 366 millions de dollars de revenus en 2025. La demande est là : d’après l’enquête 2025 de l’autorité des statistiques (GASTAT), 71,0 % des individus achètent en ligne, et 80,2 % des Saoudiens. Les produits les plus achetés sont ceux que vendent la plupart des boutiques COD : vêtements, chaussures et articles de sport concernent 88,8 % des acheteurs en ligne, les cosmétiques 40,2 %.
Le rapport Internet 2024 de la Commission des communications, de l’espace et de la technologie (CST) ajoute trois indications utiles. La pénétration d’Internet a atteint 99 %. Le téléphone mobile représente 99,4 % de l’usage, ce qui impose une boutique pensée d’abord pour le mobile. Et surtout, 93,1 % des achats en ligne se font sur des sites locaux. L’acheteur saoudien achète local : un site en arabe, des prix en riyals, un numéro saoudien et une livraison nationale inspirent plus confiance qu’une boutique qui ressemble à un site étranger.
Côté paiement, le contraste avec le Maroc est net. La banque centrale (SAMA) indique que les paiements électroniques ont représenté 85 % des paiements de détail en 2025, contre 79 % en 2024, avec 14,6 milliards de transactions électroniques, contre 12,6 milliards en 2024. Dans le commerce en ligne, les données Worldpay reprises par Antom placent les portefeuilles numériques à 40 % des transactions, tandis que le cash ne pèse que 8 % en 2025, avec une projection à 5 % en 2030.
Où le paiement à la livraison garde sa place
Le COD n’a donc pas en Arabie saoudite le poids qu’il a au Maroc. Il reste utile dans des situations précises, et c’est là qu’il faut l’employer :
- La première commande d’une marque inconnue. Un acheteur qui découvre une boutique via une publicité sur les réseaux sociaux hésite à payer d’avance. Le COD lève ce frein.
- Les achats d’impulsion. Un produit vu dans une vidéo, commandé en quelques secondes : exiger une carte peut faire perdre la vente.
- Les produits qu’on veut voir avant de payer. Vêtements, parfums, accessoires : le client veut vérifier la taille, l’odeur ou la finition.
La bonne stratégie consiste à proposer le COD à côté des paiements que les Saoudiens utilisent déjà : la carte mada, les portefeuilles comme Apple Pay ou stc pay, et le paiement fractionné, où Tabby et Tamara représentaient environ 4 % des transactions en 2025. Beaucoup de vendeurs ajoutent de légers frais au COD ou offrent une petite remise au prépaiement. Chaque commande payée d’avance est une commande qui ne peut plus être refusée à la porte.
Le COD peut aussi être réservé à certains cas : premières commandes, paniers sous un certain montant, villes bien desservies. Les commandes à risque (numéro injoignable, adresse incomplète, plusieurs commandes identiques) peuvent être orientées vers le prépaiement.
Les règles qu’une boutique en ligne doit respecter
La vente en ligne est encadrée par la loi sur le commerce électronique, publiée en 2019 et composée de vingt-six articles, complétée par un règlement d’application. Les points qui concernent directement un vendeur COD :
- Afficher son identité. La boutique doit montrer son nom, son adresse, ses coordonnées et son numéro de registre du commerce. Un vendeur sans registre du commerce doit faire vérifier son activité par une plateforme de vérification agréée.
- Remettre une facture. Elle indique le prix total avec frais, taxes et frais de livraison, ainsi que la date et le lieu de livraison. Un client COD doit connaître dès la commande le montant exact qu’il paiera au livreur.
- Le droit de rétractation. Le consommateur peut annuler dans les sept jours suivant la réception s’il n’a pas utilisé le produit, et supporte alors les frais sauf accord contraire. Les produits faits sur mesure en sont exclus, sauf s’ils sont défectueux ou non conformes.
- Les retards de livraison. Sauf autre délai convenu ou force majeure, le client peut résilier si la livraison dépasse 15 jours et se faire rembourser.
- Les sanctions. Elles vont de l’avertissement à une amende pouvant atteindre un million de riyals, jusqu’à la suspension ou au blocage de la boutique.
Côté fiscalité, la TVA saoudienne s’applique au taux normal de 15 % sur les biens et services taxables. Si vous vendez depuis l’étranger, la question de l’entité locale, de l’immatriculation à la TVA et de l’importation de votre stock se règle avec un conseiller avant la première commande, pas après.
Livraison : volumes, transporteurs et adresse nationale
La logistique saoudienne a changé d’échelle. Selon le vice-ministre des Transports cité par Argaam, le secteur de la livraison a dépassé un million de commandes par jour en 2025, et plus de 200 millions de colis par an, avec une croissance du e-commerce de 30 % à 40 %.
D’après ECDB, Aramex est le transporteur proposé par le plus grand nombre de boutiques. SMSA Express, Naqel Express, J&T Express et la Poste saoudienne (SPL) font aussi partie des noms que les vendeurs comparent. Avant de signer, posez les mêmes questions à chacun :
- Quels frais pour l’encaissement à la livraison, et à quel rythme les fonds sont-ils reversés ?
- Combien coûte un retour, et combien de tentatives de livraison sont prévues avant le retour ?
- Le livreur appelle-t-il le client avant de passer ? Quelles régions éloignées sont couvertes, et en combien de jours ?
- Comment suivre les colis et rapprocher les montants reversés des commandes livrées ?
Le point le plus spécifique au Royaume est l’adresse nationale de la Poste saoudienne. Chaque lieu dispose d’une adresse courte de 4 lettres et 4 chiffres, et selon SPL, l’utiliser accélère la livraison sans appels supplémentaires. Ajoutez un champ « adresse courte » à votre formulaire de commande : c’est l’une des façons les plus simples de réduire les colis perdus faute d’adresse claire.
Enfin, le Royaume est vaste. Expédier chaque commande depuis le Maroc ajoute délais et formalités douanières, et un colis international refusé coûte très cher. Pour vendre sérieusement en COD, il faut en général un stock sur place, chez un prestataire logistique ou un partenaire.
Confirmer chaque commande COD avant l’expédition
Un colis refusé paie deux fois le transport, aller et retour, sans rien rapporter. La confirmation reste donc la meilleure protection, comme au Maroc. Elle se fait par téléphone ou sur WhatsApp, en arabe clair, idéalement avec des agents à l’aise avec le parler du Golfe. Le script doit vérifier le nom, la ville, le quartier, l’adresse courte, le produit, la taille ou la couleur, et surtout le montant total à payer à la porte, livraison comprise.
Le moment compte. La CST observe que l’usage d’Internet culmine entre 9 h et 11 h du soir, et que le samedi fait partie des jours les plus chargés. Ce sont de bons créneaux pour les messages WhatsApp de confirmation ; les appels, eux, se passent à des heures raisonnables. Rappelez-vous aussi que Riyad a trois heures d’avance sur le Maroc, qui vit à l’heure GMT : une équipe basée à Casablanca doit décaler ses horaires.
Pour la méthode, notre guide de la confirmation des commandes COD détaille scripts et relances, et celui sur les fausses commandes explique comment repérer les commandes à ne pas expédier.
Calculer la marge par commande livrée
En Arabie saoudite comme ailleurs, la marge se mesure sur les commandes livrées et encaissées, pas sur les commandes reçues. Comptez le coût du produit, la publicité par commande, la livraison, les frais d’encaissement, la TVA, et le coût des refus : chaque colis refusé ajoute un aller et un retour. Notre calculateur COD permet de tester ces paramètres avant de fixer votre prix en riyals.
Le prépaiement améliore directement ce calcul, et les acheteurs saoudiens y sont prêts. Selon des données de la SAMA reprises par la Saudi Press Agency et compilées par Qoyod, les ventes en ligne par carte mada ont dépassé 69,3 milliards de riyals au premier trimestre 2025, contre environ 44 milliards un an plus tôt, soit 56 % de croissance, avec plus de 370 millions d’achats en ligne en un seul trimestre. Une remise modeste au prépaiement coûte souvent moins cher qu’un taux de refus élevé.
Ce que Cashod apporte
Cashod est un outil de gestion des commandes COD. Pour une boutique qui vend en Arabie saoudite, voici ce qu’il couvre, et ce qu’il ne couvre pas.
- La confirmation par téléphone. Cashod inclut un centre d’appels où les agents confirment les commandes COD par téléphone.
- La confirmation sur WhatsApp. Cashod peut confirmer les commandes sur WhatsApp, y compris avec un agent IA.
- Plusieurs boutiques. Un même compte Cashod peut gérer plusieurs boutiques, par exemple une boutique saoudienne à côté d’une boutique marocaine.
- Les retours. Cashod suit les colis retournés ; les frais de livraison et de retour de chaque transporteur se règlent par ville.
Pour la livraison, soyons clairs : tout autre transporteur peut être ajouté à Cashod manuellement, sans création automatique des expéditions ni suivi automatique. Le suivi des colis se fait alors côté transporteur, par votre équipe.
Le support de Cashod répond par e-mail, chat et téléphone, du lundi au vendredi, de 9 h à 18 h GMT (heure du Maroc), soit trois heures plus tôt qu’à Riyad.
Check-list avant la première commande saoudienne
- Statut légal réglé : registre du commerce ou vérification sur une plateforme agréée, immatriculation à la TVA si elle s’applique.
- Boutique en arabe, pensée pour le mobile, prix en riyals TTC, identité et coordonnées affichées.
- Conditions de retour conformes : sept jours, état du produit, prise en charge des frais.
- Champ « adresse courte » dans le formulaire de commande.
- Stock sur place ou délai de livraison réaliste, bien en dessous du seuil légal.
- Transporteur choisi après comparaison des frais COD, des délais de reversement et du prix des retours.
- Paiements en ligne proposés à côté du COD, avec une raison de choisir le prépaiement.
- Script de confirmation en arabe et créneaux adaptés à l’heure de Riyad.
- Marge calculée par commande livrée, refus inclus.
Le marché saoudien récompense les boutiques qui ressemblent à des boutiques locales et qui livrent vite. Le COD y reste un outil d’acquisition utile, à condition d’être confirmé, encadré et proposé à côté des paiements numériques que les acheteurs utilisent déjà.




